Dans le grand studio éclairé de néons, le cours de tango se termine. Les couples improvisés pendant la soirée se détachent et regagnent, ravis, la sortie, pour laisser la place à un nouveau groupe, venu profiter lui aussi des ateliers de danse gratuits proposés pendant tout le mois d’août 2022 par le centre Micadanses, situé au 16 rue Geoffroy l’Asnier dans le 4e arrondissement de Paris.
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Un atelier gratuit
Il est 20 heures, l’atelier de murga va commencer. Mais qu’est-ce donc que cette mystérieuse pratique ? « On n’en sait rien du tout ! », s’exclame d’entrée de jeu Nathalie Mugol, une pétillante maman venue avec son conjoint Antoine et ses enfants Michaëla, 19 ans, Hadrien, 17 ans et Valentina, 8 ans. La famille est venue de Montfermeil (Seine-Saint-Denis), pour passer un bon moment et se dépenser. « On a vu passer cet atelier par Irène, qu’on connait bien », explique Nathalie.

Ce sera une découverte aussi pour Alexandra Jung, 48 ans, qui pratique le tango assidument mais ignore tout de la murga. « J’ai vu cette initiation gratuite, je me suis dit que c’était une super opportunité, donc me voilà », explique-t-elle, en resserrant sa queue de cheval, prête à se lancer.
Quelques explications sont les bienvenues : Irene Moraglio et Patrice Meissirel, professeurs de tango argentin à l’école Tango mon amour (Paris) s’avancent vers le miroir. Silhouettes longilignes et ports de tête de tête dégagés, il sourient à l’assemblée, composée d’une vingtaine de personnes, de tous âges et tous niveaux.
Une danse populaire de carnaval
« La murga est une danse populaire qui se danse dans les quartiers en Uruguay, en Argentine et en Espagne, et surtout pendant le carnaval à Buenos Aires« , explique Patrice, qui raconte être tombé amoureux de cette discipline en observant un groupe de danseurs la pratiquer dans un parc. « C’est normal que vous n’en ayez jamais entendu parler », ajoute-t-il, « il n’y a aucun cours de cette discipline, qui s’apprend directement dans la rue habituellement. »
Souvent considérée comme « la catharsis du tango« , la murga, danse d’origine espagnole introduite en Amérique du Sud au début du XXe siècle, était le moyen d’expression des populations noires uruguayennes et argentines qui utilisaient cette danse explosive et libre pour contester les inégalités sociales subies.
Le bombo, âme et rythme de la murga
Pour accompagner le couple de danseurs et les apprentis du jour, Santiago est venu en renfort avec son bombo, un grand tambour assorti de cymbales qu’il porte en bandoulière devant son torse. Ce souriant trentenaire, originaire d’Argentine, a grandi avec la murga, qu’il pratique depuis l’âge de 13 ans. « Plus de la moitié de ma vie que je la danse ! Je l’ai apprise sur le tas : là-bas, personne ne t’explique, mais tu imites et tu suis ! »

Le cours commence. Irene et Patrice initient le groupe au pas de base, dans lequel les pieds frappent avec force le sol et les bras se lancent dans un mouvement de lâcher prise. Au rythme des percussions, accompagné d’un chant psalmodié, les corps d’abord hésitants se délient et libèrent une énergie brute, entre ancrage au sol et sauts aériens. La cadence s’intensifie, les frappes sur le bombo aussi. Au bout de quelques minutes, la musique s’arrête, et chacun reprend son souffle, surpris par l’engagement physique et la sensation de libération.
Une danse libre
« Bravo, vous vous en sortez très bien », encourage Irene, « vous êtes prêts pour le niveau au-dessus ». « Ce sera un triple salto », annonce Patrice, qui fait mine de se lancer dans un looping arrière. « Non c’est pas ça », rassure-t-il avec un sourire espiègle : « le triple salto, c’est simplement un enchaînement de trois sauts avec des forts accents mis sur certains temps, c’est une des parties les plus explosives dans un défilé de carnaval », explique-t-il. « Imaginez que vous sautez dans une piscine », suggère Irène.
Chacun s’essaye à la nouvelle figure, tentant de dompter la coordination entre les bras et les jambes. « N’hésitez pas à tenter », impulse Irene, « la murga n’a pas l’aspect codifié du ballet classique. Chaque danseur est libre de trouver son énergie, son style dans les pas ». « La murga, c’est un groove particulier », ajoute Patrice. « Il n’y a pas de différence entre les pas des hommes et des femmes, ce n’est pas une danse de couple et il n’y a pas non plus de solo. »
Ambiance de carnaval
Au fil de l’initiation, l’ambiance festive de la danse déteint sur les participants. « Il faut imaginer la murga comme un défilé plein d’éclat : les danseurs sont maquillés, costumés, chaque quartier a ses couleurs. C’est une danse du peuple, qui s’inscrit dans la même veine que les fêtes des esclaves qui revêtaient les costumes des maitres pour les imiter », décrit Santiago, faisant goûter l’ambiance chatoyante et festive du carnaval de Buenos Aires.
La fin du cours se conclut en cercle. Les deux professeurs invitent chacun à venir danser tour à tour au milieu. Une vague d’appréhension accueille cette dernière étape, un « oh non » se fait entendre discrètement.
Finalement, Patrice se lance avec Alexandra. Les participants encouragés suivent, en petit groupe, sous le regard bienveillant du cercle. Tout le monde finit pour se défouler sur les percussions endiablées de Santiago. « À la fin d’une danse de murga, on doit avoir achevé les chevaux », s’amuse Irene en voyant les visages luisants de sueurs et les joues rougies par les sauts. « On avait prévu un cours de deux heures, et puis on s’est dit que pour une initiation, une heure serait amplement suffisante ! » ajoute-t-elle.

Des participants séduits
Le cours se conclut sous les applaudissements nourris. Agnès, 61 ans, est ravie : « je sors d’un accident du travail, ça faisait 25 ans que je n’avais pas transpiré. J’ai été servie ! Après cette longue pause, cet atelier m’a aidée à retrouver ma coordination, et à reprendre en douceur tout en me donnant à fond, c’était épuisant ! Il y avait une écoute entre nous, c’était une belle découverte », résume-t-elle.
La famille Lugol aussi est réjouie. Valentina, la plus jeune des participants ressort le sourire aux lèvres. « On était tous en groupe et débutants, ça nous a mis à l’aise », commente Nathalie. Quant à Hadrien, 17 ans, s’il avoue avoir été « un peu obligé à venir », ne regrette pas l’effort : « c’était super ! » reconnait-il, un large sourire pour compléter sa déclaration.
Pour profiter d’un atelier de danse gratuit, rendez-vous sur le site de Micadanses pour réserver un créneau. Jusqu’au 31 août 2022.
Pour aller voir Irene Moraglio et Patrice Meissirel sur scène, rendez-vous le 22 septembre 2022 à 19h30, au cabaret sauvage, pour le spectacle « Tango Shortcuts : on achève bien les chevaux » monté par la compagnie Tango Unione.
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