Calligraphié à l’encre à l’arrière de son bras droit, un mot en lettres capitales : « impossible », dont les deux premières lettres, « i » et « m », sont barrées d’un trait. Et l’impossible devient possible. Le résumé de sa vie hors du commun. Rien n’est irréalisable. Rien n’est insurmontable.
Paris Match a choisi d’ouvrir avec cette jeune femme de 33 ans, championne de tennis-fauteuil, sa série de sept portraits, sept dieux ou déesses de l’Olympe, qui vont nous faire rêver dans un peu plus de deux cents jours lors des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Sept rencontres et histoires extraordinaires que nous déclinerons chaque mois jusqu’à juillet 2024.
Cheveux blonds, vêtue d’une veste et d’un short Dior qui laisse délibérément apparaître sa prothèse, Pauline accepte de poser pour nous en femme bionique et conquérante. Regard bleu et franc, tout sourire, elle assume sans tabou cette « jambe de robot ». « Pour affronter le regard des autres, je montre de l’assurance, explique Pauline, pour qu’ils se disent : “Oui et alors ?” Avec les enfants, c’est encore plus facile. Ils n’ont pas la retenue des adultes. » Pour sa fille, Ava, 17 mois, le handicap de « Mam » est « normal ». Cette aisance, Pauline l’a arrachée au prix d’un parcours de combattante acharnée.
Pauline Déroulède, petite, sur un tricycle. © DR
Sur un trottoir parisien, la vie bascule
Sa vie chavire le 27 octobre 2018, à Paris. Assise sur son scooter garé sur le trottoir, elle attend, casque sur la tête, sa compagne Typhaine, partie acheter des fleurs. La chargée de casting et la journaliste se sont rencontrées sur le tournage d’une émission de télé. Elles vont dîner chez le frère de Typhaine.
Soudain, Pauline se retrouve au sol, incapable de bouger. « Je n’ai pas compris tout de suite, raconte-t-elle. J’ai d’abord cru à un attentat. » Un nonagénaire qui a perdu le contrôle de son véhicule vient de la percuter, à 80 km/h. Sa jambe gauche est arrachée. Son casque, même fracassé, a protégé sa tête du choc contre le bitume. Sang, panique…
Typhaine se précipite et lui murmure à l’oreille : « Ne t’inquiète pas, je t’aimerai toute la vie. » « J’ai compris que ce qui l’attendait serait horriblement dur, confie Typhaine. J’ai vu la détresse dans son regard. » Pauline s’accroche à ces mots d’amour comme à une bouée de sauvetage.
Ne vous inquiétez pas. Je vais faire les Paralympiques 2024 !
Pauline Déroulède
Transférée à l’hôpital militaire de Percy, à Clamart, opérée en urgence, elle est amputée au-dessus du genou. À son réveil, devant les grises mines de ses proches, elle leur assène : « Ne vous inquiétez pas. Je vais faire les Paralympiques 2024 ! » Boutade… ou méthode Coué.
En rééducation avec les blessés de guerre
« C’est comme si j’avais identifié que ce serait mon outil de reconstruction », analyse-t-elle aujourd’hui. Les militaires de Percy la forcent à se projeter. À l’hôpital, le deuxième soir, Pauline fait une crise d’angoisse. Le personnel appelle le chef du service. « Tarun, un grand gaillard, un colonel, rentre dans ma chambre, se rappelle-t-elle. Il m’a parlé sans détour. “OK, il te manque quelque chose. Mais dis-toi que tes projets sont simplement retardés. Je vais t’emmener en rééducation. Tu seras avec les gars, tu vas remarcher et pratiquer du sport. Tu es l’un de nos soldats.” »
Pauline Déroulède a perdu une jambe dans un accident en 2018. Ici, en 2019, lors de sa rééducation. © DR
En rééducation avec les blessés de guerre, Pauline écoute et obéit. Huit mois de compagnonnage. « Il s’est créé entre nous une vraie fraternité, des moments de communion. Ils m’ont donné la force de me relever. »
Les opérations s’enchaînent : anesthésies, perfusions, infections, greffes de peau. Elle est assommée de morphine et d’anxiolytiques. « Elle souffrait énormément », confie Typhaine. Certains soirs, les infirmières la massent des heures.
Mon cerveau a très vite intégré la prothèse.
Pauline Déroulède
Pour conjurer le chagrin, la jeune femme s’accroche à son rêve d’Olympe. Il faut d’abord se remettre debout « au propre comme au figuré », glisse-t-elle. Comme le temps presse et que son objectif est ambitieux, avant même d’être appareillée, elle va se muscler à la salle de sport. Quatre mois pile après le drame, elle remarche avec une jambe articulée. « C’était une émotion folle, raconte-t-elle. J’étais une femme debout. À la même hauteur que Typhaine. Mon cerveau a très vite intégré la prothèse. » « Dès qu’elle a pu marcher, son humeur et son état d’esprit ont changé, reconnaît Typhaine. Elle redevenait actrice de sa vie. »
Réapprendre à vivre à deux : Typhaine encaisse
Aussi calme et posée que sa compagne est cash et hyperactive, Typhaine est de ces âmes de l’ombre sans qui les êtres extraordinaires ne seraient rien. Le quotidien est à réinventer, l’intimité du couple aussi.
Pauline Déroulède avec sa compagne Typhaine sur une plage en septembre 2018, un mois avant l’accident. © DR
« Je me trouvais moche, diminuée, abîmée, insiste Pauline. Typhaine a toujours été un miroir plein d’espoir. Elle a été sereine pour deux. Un lien inexplicable nous unit qui va au-delà de l’amour. »
« Je ne suis pas tombée amoureuse de sa jambe, répond l’intéressée. Mais j’ai accepté ce corps meurtri sans réserve. » Plus dure est la reprise de la vie commune. Il faut opter pour un appartement adapté, reprendre ses repères, accepter la présence du fauteuil, nécessaire quand la prothèse fait trop souffrir.
À sa sortie de l’hôpital, une rage de (re) vivre anime Pauline. « Elle voulait rattraper le temps perdu », raconte sa compagne. Écorchée vive, Pauline ne supporte plus la moindre injustice, en voiture, dans la rue, en société.
Typhaine vit sur le qui-vive, « en apnée, redoutant le moindre événement qui lui ferait péter les plombs. On a failli se perdre malgré ma promesse… » Victime collatérale, aux blessures invisibles, Typhaine encaisse.
Avant l’accident, rien d’une championne
Le défi Paris 2024 aide à tout surmonter. Avant l’accident, Pauline pratiquait le tennis et coachait des enfants. Elle n’avait rien d’une championne.
Pauline Déroulède à 15 ans, jouant au tennis en Dordogne. © DR
À l’été 2019, elle décide de participer au programme de la Relève, destiné à détecter les espoirs pour les Jeux de Paris. Dans ce cadre, elle rencontre Aurélie Somarriba, coach de tennis fauteuil, qui devine les qualités de la candidate. Rodée au CrossFit et bonne joueuse de tennis, Pauline possède déjà une musculature solide et une excellente lecture du jeu.
Pauline avait un énorme potentiel, mais il y avait une telle colère en elle !
Aurélie, sa coach
Aurélie lui propose de venir faire un test dans son club des Yvelines. « Elle avait un énorme potentiel, se souvient la coach, mais il y avait une telle colère en elle ! Tout l’énervait. Elle était comme un animal sauvage. »
Le test n’est pas concluant. « Je faisais un blocage, affirme Pauline. En fauteuil, je me sentais diminuée. » Exaspérée, Pauline demande à son père, qui l’accompagne, de la reconduire chez elle. Coup du sort, la voiture, en panne, les oblige à rester plus longtemps que prévu.
« Nous avons beaucoup discuté, raconte Aurélie. En mon for intérieur, je ne voulais pas laisser passer ce diamant brut. Je lui ai parlé franchement. Elle s’est calmée. » Avec Aurélie, elle forme un duo gagnant.
Les capacités hors normes nécessaires pour se mettre au tennis-fauteuil
Pauline doit tout apprendre. Pour évoluer en tennis-fauteuil, il faut des capacités hors norme. Savoir le faire tourner et le placer face au jeu pour frapper à la force des bras : « C’est une vraie prouesse ! Ça a changé mon regard sur le handisport. »
Sa fureur de vivre fera le reste. « Elle se traduisait en agressivité sur le court », précise la coach. « Quand je jouais au tennis, c’était comme si je jouais ma vie, ajoute Pauline. J’y mettais toute la hargne que j’éprouvais pour ma nouvelle condition. »
Bilan : en 2021, Pauline est sacrée championne de France. En 2022, la tenniswoman joue son premier tournoi du Grand Chelem. En 2023, son premier Roland-Garros. Aujourd’hui, Paris 2024 lui tend les bras. « Et je ne vise pas juste la qualification, mais aussi une médaille », prévient-elle.
Pauline Déroulède à l’Open de tennis-fauteuil à Biot, en septembre 2020. © AFP
Ne pas se soumettre à la fatalité
À chaque match, c’est le même rituel, immuable. Droite, longiligne, elle entre sur le court debout en poussant son fauteuil. Puis elle s’assoit et enlève sa prothèse.
Une fois le match terminé, elle effectue les gestes inverses, comme pour dire au monde entier qu’elle ne se soumet pas à la fatalité. Sa prothèse, munie de microprocesseurs et d’un genou articulé, s’adapte à son allure.
« C’est la même que celle des militaires américains, précise-t-elle. Elle va dans l’eau et supporte près de 100 kilos. » La championne possède également une lame pour courir, une prothèse pour le ski et une « jambe esthétique » qui reproduit le grain de sa peau.
Son membre bionique coûte 120 000 euros, pris en charge par les assurances. « Ce n’est pas le cas pour ceux qui sont amputés à la suite d’un cancer. Pour eux, c’est la double peine ! »
Sa mission : la sécurité routière
Pourtant, derrière le visage solaire, la peine demeure. « Quand on porte une prothèse, on perd de la spontanéité. Je ne peux pas courir après Ava. Quand je la porte dans mes bras, je redoute que ma jambe se déboîte. Au bout de quelques heures, la prothèse me fait souffrir, et je dois passer au fauteuil. Tous les soirs de ma vie, je l’enlève pour me coucher. C’est une charge mentale et une douleur au quotidien. »
Autant de raisons qui repoussent l’idée du pardon. Trois ans après l’accident, Pauline a mis un visage sur son cauchemar. Elle a discuté avec le chauffard en visioconférence. « Ce qui a humanisé la situation, avoue-t-elle. Il aurait pu être mon grand-père. J’ai eu de la compassion pour lui. Il se traitait d’assassin. Il était détruit. »
Pauline Déroulède lors du 4L Trophy, auquel elle participe, en février 2020. © DR
Depuis, le vieil homme est mort. « Il y a eu un avant et un après cet échange, souligne Typhaine. Sa colère s’est apaisée. » Pauline l’a transformée en énergie pour mener une autre bataille : changer la loi pour qu’elle impose des visites médicales régulières à tout détenteur de permis de conduire.
« C’est une façon de donner un sens à ce qui n’en a pas, reconnaît-elle. Je suis investie de cette mission. » Quand elle ne se bagarre pas sur un court, Pauline prêche la bonne parole dans les ministères, les médias, les réseaux sociaux ou encore à travers les campagnes de la sécurité routière.
En janvier 2024, elle se rendra devant le Parlement européen : « J’aimerais que les politiques aient le courage de légiférer. Mais ce genre de mesure ne peut être prise que s’il existe des alternatives. Comment se déplacer quand on ne peut plus conduire au fin fond de la Dordogne, par exemple ? Il faut imaginer de nouvelles mobilités. »
La maternité, avec Typhaine
Après la réparation, place à la construction. Avant l’accident, Pauline et Typhaine avaient un projet d’enfant. « Je voulais devenir maman, avoue Typhaine. Une fois Pauline apaisée, nous avons retrouvé un équilibre. J’ai repris mon travail de journaliste. Pauline s’épanouissait en tennis-fauteuil. On regardait vers l’avenir. C’était le moment ! »
Avec Typhaine et leur fille Ava, 18 mois. Paris Match / © Philippe PETIT
Typhaine a donné naissance à Ava, le 27 juillet 2022. « Sa naissance m’a bouleversée, admet Pauline, car j’ai compris que j’aurais pu mourir et ne pas vivre ces précieux moments. Je ressentais un mélange de bonheur, de tristesse et de stupéfaction. Ava console toutes les blessures. » Ou presque…
Pauline a aussi basculé de la vie d’une jeune femme ordinaire à un destin extraordinaire. Elle n’aurait jamais été championne de tennis avec ses deux jambes, n’aurait jamais bousculé le monde politique, chanté avec les Enfoirés ou foulé le parquet de « Danse avec les stars ».
Elle n’aurait pas non plus été l’ambassadrice de Dior. « Bien sûr que, si je le pouvais, j’aimerais récupérer ma jambe. Je serai toujours nostalgique de ma vie d’avant. J’aurai toujours en moi ce chagrin infini. »
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