Danse : « Notre-Dame de Paris » marque la fin de saison de l’Opéra de …

, Danse : « Notre-Dame de Paris » marque la fin de saison de l’Opéra de …

Après Maurice Béjart l’an dernier, c’est Roland Petit, autre monument de la danse en France, qui fait son entrée au répertoire de l’Opéra de Bordeaux. Du 1er au 9 juillet « Notre-Dame de Paris » sera présenté par une cinquantaine de danseurs (une quinzaine de supplémentaires ont été recrutés pour l’occasion) au Grand-Théâtre. Officiellement, tout est complet, mais on sait que des places se libèrent tous les soirs juste avant les représentations.

C’est Luigi Bonino qui a remonté ce ballet créé en 1965. Avant d’être responsable artistique de l’ensemble des œuvres de Roland Petit, qu’il remonte dans le monde entier, cet Italien a été son danseur emblématique. Nous l’avons rencontré :

Avant de remonter « Notre-Dame de Paris » vous avez-vous-même dansé ce ballet de Roland Petit. Quels souvenirs en gardez-vous en tant qu’interprète ? Mon souvenir le plus fort, c’est d’avoir dansé le rôle de Frollo à New York, au Met, avec Rudolf Noureev en Frollo et Natalia Makarova en Esmeralda. J’étais une groupie de Noureev. A l’époque j’étais encore tout jeune. C’était une émotion incroyable d’avoir sa main dans la mienne, de se regarder, d’aller saluer le public ensemble. Aujourd’hui encore j’ai la chair de poule quand j’y repense. Vous savez, le dernier spectacle pour lequel Noureev s’est déplacé, c’était « Charlot danse avec nous », que Roland Petit avait chorégraphié pour moi.

« Notre-Dame de Paris » n’est pas le ballet le plus connu de Roland Petit, moins que « Le Jeune homme et la mort » ou sa collaboration avec Pink Floyd… (interrompant) …Mais c’est un de ses grands ballets. C’est un spectacle énorme, avec 50 personnes sur scène, dont 40 dans le corps de ballet, une centaine de costumes signés Yves Saint-Laurent… C’est le ballet avec lequel Roland Petit est revenu à l’Opéra de Paris en 1965. Zizi Jeanmaire (veuve de Roland Petit, NDLR) m’en parlait encore il y a quelques jours : c’est elle qui lui avait dit qu’il était obligé d’accepter la proposition de l’Opéra. Lui, il ne voulait pas. Et puis un matin il s’est réveillé et il a dit « OK. On va faire ‘Notre-Dame de Paris’. »

Comment l’idée d’adapter le roman de Victor Hugo lui était-elle venue ? Je ne sais pas. Toutes ses idées lui venaient de façon spontanée. Un matin j’arrive dans sa chambre et il me dit « J’ai un ballet pour toi. On va parler de Charlot ». Il avait lu un article sur Charlie Chaplin quelques heures avant et tout s’était construit dans sa tête. Il fonctionnait comme ça. C’est pour ça qu’il refusait toutes les idées qu’on lui proposait. Il fallait que ça vienne de lui.

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Le langage chorégraphique de « Notre-Dame de Paris » était très novateur en 1965… (interrompant à nouveau) …Et comment ! C’était la première fois qu’on posait du lino sur la scène du Palais Garnier. Il y avait beaucoup de mouvements dans le sol – c’était très nouveau à l’époque – et on avait peur que les danseurs de fassent mal avec des échardes. Mais le ballet a connu un gros succès à sa création. Roland Petit dansait Quasimodo ; Cyril Atanassoff, Frollo ; Jean-Pierre Bonnefous, Phoebus ; Claire Motte, Esmeralda. Cela étant Roland Petit avait déjà inventé un langage nouveau dans « Carmen » ou « Le Jeune homme et la mort », dès les années 40 ! Un langage qui mêlait l’en-dedans et l’en-dehors. Et d’une musicalité incroyable !

Est-ce que la musique de Maurice Jarre est difficile à danser avec ses mesures à sept temps ? Et aussi à neuf temps ! Non, ce n’est pas facile du tout. Mais ça ne posait pas de problèmes à Roland Petit. Lui, il se laissait porter par son oreille, alors que nous, on est obligés de compter. On a avancé petit à petit avec les danseurs de l’Opéra de Bordeaux, et ils ont bien assimilé ce langage qui est tout le contraire de ce qu’on apprend avec la technique classique. Les deuxième, troisième jours ils ont eu mal aux hanches à force de se mettre en dedans. Et puis ce langage est entré dans leurs corps et tout est allé mieux.

Le personnage de Quasimodo doit être particulièrement difficile quand on vient du classique, avec ses positions dissymétriques, ses allures voutées… Tout à fait. Mais vous savez, la vision que Roland Petit avait de Quasimodo a beaucoup évolué avec le temps. Il disait « C’est un prince, mais un prince avec une bosse ». Ce n’est pas un monstre. Il n’a pas les épaules au même niveau – et je vous assure qu’on a mal après avoir dansé comme ça pendant deux heures – mais il y a aussi des moments où il est grand. Mais avec une bosse. Au début il considère Frollo comme un maître. Il l’aime, il l’admire, alors que Frollo le traite comme un petit chien. Il ne prend conscience de ça qu’après avoir rencontré Esmeralda. Mais même quand il tue Frollo il a mal.

Frollo aussi doit être difficile à danser, avec ses gestes impulsifs, saccadés, qui trahissent un conflit intérieur. Frollo est très sec, très nerveux. Il a en lui cette contradiction entre son engagement religieux et son amour pour Esmeralda. Techniquement, c’est très difficile, mais de toute façon tous les rôles sont difficiles. Même Phoebus, qu’on ne voit que dans le premier acte : Il a une variation, un pas de deux, le passage avec les soldats, beaucoup de sauts, de tours en l’air. C’est un rôle qui exige d’avoir beaucoup de puissance.

Répétition au Grand-Théâtre avec Neven Ritmanic (Frollo), Oksana Kucheruk (Esmeralda) et Marin Jalut-Motte (Phoebus).
Répétition au Grand-Théâtre avec Neven Ritmanic (Frollo), Oksana Kucheruk (Esmeralda) et Marin Jalut-Motte (Phoebus).

Julien Benhamou

Qu’est-ce qui vous a plu chez les interprètes que vous avez retenus à Bordeaux ? Oleg Rogatchev, qui danse Quasimodo, travaille bien. J’aime le mélange de puissance et de tendresse qu’il a en lui, la force de son regard. Marin Jalut-Motte est encore un bébé, mais il est tellement beau ! Et, techniquement, il est au niveau pour être Phoebus. Neven Ritmanic a cette hargne qui est nécessaire pour danser Frollo. Il serre les dents. Tout en dansant de façon très propre. Quant à Oksana Kucheruk, je la connaissais avant de venir à Bordeaux. Je l’avais vu danser « Thaïs » avec Igor Yebra dans un gala. Elle a de l’expérience. C’était une évidence de lui donner le rôle d’Esmeralda. Ce sera le seul pour lequel il y aura trois casts. Au départ, en février, j’avais seulement prévu Vanessa Feuillate pour doubler Oksana Kucheruk. Je n’avais pas vu Sara Renda, qui était enceinte. C’est Eric Quilleré qui m’a conseillé de faire aussi appel à elle maintenant qu’elle a repris.

La scène du Grand-Théâtre est plus petite que celle du Palais Garnier. Ca vous a obligé à adapter la scénographie ? Oui, normalement on a des praticables qui permettent de danser certains passages en hauteur. A Bordeaux on n’avait pas la place de les installer. Tout le ballet sera dansé sur un même niveau. J’ai aussi dû changer quelques petits placements. Mais il n’y a rien qui modifie la chorégraphie sur le fond.

« Chez Roland Petit, tout mouvement chorégraphié raconte quelque chose »

Trois arguments pour venir voir « Notre-Dame de Paris » ? (petit temps de réflexion) Tout ce que je peux dire, c’est qu’en sortant du Grand-Théâtre les spectateurs auront tout compris, même s’ils ne connaissaient pas l’histoire en entrant. Chez Roland Petit, tout mouvement chorégraphié raconte quelque chose. Rien n’est gratuit. Dans beaucoup de ballets classiques, lors d’une scène d’amour, le garçon prend son élan, fait quatre pirouettes, puis revient vers sa partenaire. C’est comme ça que vous faites l’amour, vous ? Moi pas ! Ca, vous ne le verrez jamais dans un ballet de Roland Petit.

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